Avant-propos

L’exposition des diplomé·e·s inaugure le nouveau cycle d’expositions de l’ESAD Orléans de l’année 2021-2022. Son titre, Search Bar, en français “Barre de recherche”, est une invitation à partager quelques facettes de la recherche en art et en design telle qu’elle existe dans notre école et au-delà. 

Le cycle d’expositions précédent, Uncool Memories, né dans le contexte de la pandémie de COVID-19, nous a rappelé combien pouvoir montrer son travail, quand on est artiste ou designer, est absolument vital. Il ne s’agit pas seulement pour les diplomé·e·s de gagner en visibilité, mais aussi (et surtout) de ponctuer un temps de recherche. Cette ponctuation appelle à écrire une nouvelle phrase dans la vie de celles et ceux qui il y a encore quelques semaines étaient encore étudiantes ou étudiants. Ce n’est que dans le partage de la sensibilité, l’échange intellectuel, le regard et la parole de l’autre que cette nouvelle phase de recherche artistique et créatrice peut se construire. 
 
Que la recherche soit personnelle, collective, collaborative ou s’inscrive dans les quatre programmes de l’unité de recherche de l’école (l’ECOLAB), elle est toujours, en art et en design, en prise avec l’époque. Ainsi les diplômes 2021 incarnent-ils un design répondant aux sujets actuels, traversés par notre environnement numérique, dont semble aujourd’hui dépendre fortement notre vie sociale, économique, politique et privée. Dans les travaux des étudiantes et des étudiants, nous comprenons combien il affecte le regard des enfants, touche la lecture et l’écriture, agit sur nos représentations du temps et de l’espace, sur nos paysages, sur les formes, sur la culture des données, sur notre mémoire vive et notre mémoire morte. Désormais, sons, images, textes, objets et corps s’inscrivent d’une même manière. Les réalisations, mettant en dialogue la musique et le graphisme, l’image et le code, la perception et l’action, l’interactivité et la performativité, le montrent clairement. Soucieux de ne rien céder au monde du passé, les projets s’emparent de la transition écologique. Ils sont également traversés par les questions politiques qui se nichent au cœur de la typographie.

Emmanuel Guez, septembre 2021.

Œuvres exposées

Habiter le monde / Lucie Bretonneau

Impression d’une fresque sur tissus déperlant, œillets et cordages

Dans le cadre de son diplôme, Lucie Bretonneau a cherché à fédérer l’enfant et l’adulte autour de l’écran dans le but de ramener du partage et du lien au sein de la famille. Tout en replaçant l’écran au centre d’un dispositif fédérateur, celui-ci se manipule avec l’accompagnement d’un adulte avec qui l’enfant construit un récit. 

Le projet Habiter le monde associe l’univers de la cabane propre à l’imaginaire enfantin et le téléphone mobile comme support narratif et objet relationnel. Ce dispositif est composé de deux couches : d’abord l’objet imprimé avec une fresque réalisée à la peinture et inspirée de récits d’enfants et d’autre part quatre vidéos animées en réalité augmentée déclenchées par une application mobile. Les manipulations qui en résultent permettent de faire une passerelle entre l’objet imprimé et l’objet virtuel dans un même espace. 

Partant de l’idée que les enfants ont leur propre vision du monde et sont en soif de connaissance, Lucie Bretonneau a imaginé des scénarios permettant non seulement de susciter des questionnements mais aussi de jouer avec les différentes dimensions du monde physique, afin d’initier un dialogue avec un proche et de générer des interactions entre les générations. Voir le monde avec un regard d’enfant est une chose que l’on finit par oublier en grandissant et comprendre les univers multiples de ce monde nécessite un accompagnement. Ce dispositif éditorial propose aux petits et grands enfants de contempler le monde différemment.

@lucie_bretonneau/

Essai photographie linéaire argentique n°2 / Hugo du Roure

Photographie argentique

Essai photographie linéaire argentique n°2 résulte de l’expérience d’une technique photographique argentique développée par Martin Liebscher consistant à faire défiler manuellement le film photosensible devant l’obturateur ouvert de l’appareil. Ce procédé crée des formes d’images panoramiques lorsqu’on se déplace en même temps que l’on actionne l’appareil. Les éléments fixes sont déformés par le mouvement que l’on produit et les éléments mobiles viennent se confronter à la prise de vue. Les éléments de l’environnement se confondent et deviennent abstraits, la prise est brouillée par le mouvement. Le caractère flou qui s’en dégage renforce l’impression de la durée dans le temps et allie mouvement du regard, mouvement du corps et environnement en mouvement sur un même support. 

@hdfdrdp

Des codes des signes des armes / Éléonore Fines

Code, typographie, design graphique

Comment la typographie peut-elle agir en tant qu’arme de lutte contemporaine ? Eléonore Fines met en regard la typographie et les enjeux liés aux libertés individuelles. Vecteur de communication lorsqu’elle est envisagée comme un outil, l’accessibilité et la lisibilité de la typographie sont déterminants quant à l’efficience de la transmission du message. Partant de l’idée que la typographie peut être un médium, qui selon McLuhan, est aussi le message, Eléonore Fines montre que l’utilisation objective d’une typographie est difficilement acceptable, au même titre qu’un graphisme qui serait considéré comme neutre. La typographie est aujourd’hui un espace de création collectif d’ordre social, qui donne le pouvoir d’intervenir sur les formes des pensées. Elle peut être une « arme », aussi bien pour représenter des idées que pour inventer une écriture citoyenne. Il en va de la responsabilité du designer graphique de s’émanciper des systèmes préétablis de création et de réflexion parfois liberticides. Le deuxième aspect de ses recherches porte sur le lien entre cryptographie et typographie. Comment communiquer de manière cachée ? Et surtout pourquoi, pour qui, pour quel message et dans quel but ? Comment la typographie peut-elle devenir cryptographie ? Comment associer le secret et la transparence sans desservir l’intention d’un message spécifique ? Le rêve d’une résistance…

@eleonore_fines

Affiche modulaire animée – “K” / Nicolas Lemaitre

6 vidéos sonorisées, 6 ipads (8e génération)

Dans le cadre de sa recherche, Nicolas Lemaitre s’intéresse au rapport entre musique et design graphique, en particulier à son expression dans le champ typographique. Sa recherche est centrée sur le dessin de lettre pour lequel il formule l’hypothèse d’une « typographie musicale ». En partant d’une collection de 68 dessins réalisés lors de longues sessions d’écoute sonore, il élabore un système (typo)graphique modulaire autour de l’idée de rythme, présenté ici sous forme d’installation. Sur six écrans figure un module isolé qui permet de mieux appréhender l’idée d’une grille de construction typographique. Affiche modulaire animée – “K” est pensé à la fois comme un accompagnement pédagogique au même titre qu’une installation sonore autonome.

@nicolemaitr

Essence colorée / Alice de Oliveira Reis

Impression laser et tissage

Le diplôme « Variations borskiennes » a pour point de départ le séjour Erasmus d’Alice De Oliveira Reis à Borska, en République tchèque en 2020. Un mois après son arrivée, enfermée dans sa chambre en raison du confinement, les frontières fermées, seule, sans parler tchèque et sans comprendre ce qu’il se passait, son occupation principale est devenue l’observation du paysage et de l’usine qu’elle apercevait par la fenêtre. Peu importe la météo, l’usine était toujours présente et fumante. Elle l’a contemplée pendant cinq mois. Sa présence était rassurante comme celle d’une amie. Par la forme de sa fumée, Alice imaginait son état, si elle était malade, fatiguée, contente… Elle l’a photographiée plusieurs fois par jour pour en capturer toutes les variations. 

Avec « Variations borskiennes », Alice De Oliveira Reis partage ce moment de fascination et de contemplation, cherchant à révéler l’esthétique, l’instantanéité et la fugacité de “son” usine, sa fumée et la météo. Partager comment elle est devenue “son monde”. Le projet « Essence colorée » s’empare de l’essence de l’image, de quoi elle est constituée. Par un travail de déconstruction et de tissage, les éléments du paysage tendent à disparaître et laissent place aux couleurs et à toutes les nuances composant l’image. 

@alice_de_oliveira_reis

Une proposition de vie dans un monde plat / Yen Chen Lin

Polycarbonates, bois, aluminium

Yen Chen Lin mène une réflexion sur les nouvelles formes d’interaction sociale. Une proposition de vie dans un monde plat répond ainsi à deux questions centrales contemporaines : comment vivre ensemble et comment répondre aux enjeux écologiques ? Aujourd’hui, par un flot d’images et de messages incessants, les plateformes et réseaux sociaux captent notre attention, excitant notre désir de consommation qu’ils tendent par ailleurs à uniformiser. Les objets de Yen Chen Lin cherchent à rétablir un lien entre l’objet et notre sensibilité et à concilier le désir individuel avec l’idée d’une vie commune. En somme, il s’agit de savoir comment répondre à nos désirs, divers et variés, sans céder à la logique de la consommation de masse.

Dédale / Amélie Samson

Encre de chine sur papier gaufré

Dédale est un projet sur les paysages du Web. Souvent, on associe le Web à un labyrinthe, à un rhizome ou un réseau, une structure mouvante sans entrée ni sortie. Pour éviter que l’on s’y perde, des “intelligences” artificielles créent des profils personnalisés alimentés par les données d’analyse de nos comportements. Des algorithmes nous proposent des itinéraires calculés, construisent nos palais, nos prisons, nos cocons numériques dont le but est d’alléger nos déambulations en fournissant toujours la bonne information. 

Une étymologie possible de labyrinthe est “labirion”, qui désigne “une galerie creusée”. Comment ne pas penser au Mythe du Minotaure ? Ce labyrinthe, construit sur mesure par Dédale, n’est pas seulement le Palais du Monstre, ou sa prison : c’est aussi sa tombe. C’est là en effet qu’il meurt assassiné par Thésée. De la même manière, des algorithmes contrôlent les chemins potentiels, définissent mathématiquement les murs de nos labyrinthes, dans lesquels nos traces s’accumulent, et où l’on creuse, à notre image, le sanctuaire de notre mort numérique, le paysage de notre vie numérique.

Comment donner à voir ce paysage creusé par nos passages successifs sur le Web ? Le projet de recherche d’Amélie Samson a pour but de dessiner des data-visualisations à l’aide de la technique classique du lavis à l’encre de Chine. Le gaufrage donne la légende. Ainsi, le 26 mai 2021 la page Google.com a été visitée 31 fois, sont donc superposées 31 couches, ou 31 strates d’encre pour creuser ce profil.

@am_sam_design

Dataglyphe.zip / Eva Vedel

PLA, grès

Dataglyphe.zip est une collection de data-sculptures en céramique incarnant l’ensemble d’un écrit. Chaque volume donne accès à un extrait du texte. Au moyen d’un smartphone muni de la technologie NFC, il suffit de scanner l’une des sculptures pour accéder au  texte logé sur le Web. Ce projet réengage l’archive dans la matière en instaurant un passage de l’espace de l’objet vers celui du réseau. La forme donnée à la matière est générée par les données textuelles. Ainsi le texte « informe et forme » les sculptures.

@eva.vedel

Informations pratiques

Exposition du 8 au 19 septembre 2021
Galerie de l’ÉSAD
14 rue Dupanloup – 45000 Orléans

Du lundi au vendredi de 10h à 20h
Ouvertures exceptionnelles les samedis 11, 18 et dimanche 19 septembre de 14h à 18h.
Ouverture prolongée le vendredi 17 jusqu’à 21h
Entrée libre sur présentation du passe sanitaire

Avec Lucie Bretonneau, Alice De Oliveira Reis, Hugo Du Roure, Eléonore Fines, Nicolas Lemaitre, Yen Chen Lin, Amélie Samson, Eva Vedel

Scénographie : Olivier Bouton
Coordination : Catherine Bazin
Tutorats : Lionel Broye, Emmanuel Cyriaque, Sylvia Fredriksson, Maurice Huvelin, Didier Laroque, Gunther Ludwig, Uli Meisenheimer, Sophie Monville, Nicolas Tilly, Caroline Zahnd 

Direction générale : Emmanuel Guez
Directrice des études : Juliette Beauchot
Mécénat et communication : Aymeric Chapell 
Graphisme : Nicolas Lemaitre
Ateliers techniques : Stéphane Bérard, Marlène Bertoux, Clémence Brunet, Stéphane Détrez, Madi Kassay, Paul de Lanzac, Camille Legriffon, Virginie Péchard, Thierry Vivien, Marek Zaroslinski.
Régie : Michaël de Looze, David Jugi, Stéphane Parrod